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ALGER, NOVEMBRE 2013

December 24, 2018

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ALGER, NOVEMBRE 2013

December 24, 2018

Alger, toute blanche, ciel bleu, et pourtant, cette pesanteur, les hommes dans la rue, errent sans but, les femmes, rares, se pressent, la plupart en habit traditionnel, certaines, près de l’Université, à l’européenne.

 

La société civile algérienne est muselée, on est loin du printemps arabe. Ici, point de révolte et, à tout prendre, on préfère ce qu’on connaît, les militaires du passé, aux barbus musulmans du futur. Et puis, le système arrose, la rente pétrolière se déverse sur les masses, contentes mais passives, sans odeur, sans couleur, gris muraille. Ici pas de loisirs, rien à faire, on reste chez soi, ou alors on se promène, entre hommes.

 

Vendredi, la ville est morte, quelques restaurants sont ouverts. J’entre dans celui de l’Université, sur le grand boulevard du centre. Quand j’ouvre la porte, un souffle de fumée de cigarette en sort, bleu-gris. Pas le choix, ici on fume partout, encore plus le vendredi dans les endroits fermés, car c’est jour de prière, on n’aime pas trop s’afficher dans la rue avec une clope.

 

Je commande une bière, en regardant d’un œil distrait un match de la Ligue espagnole de foot. Le pays ne vit plus que pour le match retour de qualification pour le mondial, contre le Burkina Faso, mardi prochain.  Le match se joue à 70 km d’Alger, on contrôle ainsi mieux les mouvements de foule. La qualification, c’est important pour le pouvoir : si l’Algérie va au Brésil, les prochaines élections prévues en avril seront plus tranquilles, si elle n’est pas qualifiée, comment se traduira la frustration, qui viendra s’accumuler à toutes les autres ? Pourquoi l’histoire a des ratés ? Pourquoi les transformations se font-elles toujours dans la violence ? Je parle des vraies, des grandes, celles qui marquent un tournant, comme ils disent à la radio.

 

Alger, samedi 9 novembre

 

On dirait que je me suis trompé. Hier, je ne voyais que des hommes, aujourd’hui, elles sont nombreuses dans la rue, en plein centre, un samedi, comme tous les samedis dans le monde, jour d’achats, de sortie, de promenade avec un but, faux-semblant ou vrais besoins. Elles sont nombreuses habillées à l’occidentale, pantalon et sans décolleté, au moins autant que les femmes voilées. Mais à la tombée de la nuit, le même phénomène, tout d’un coup, plus une seule, ou alors une qui court, en retard, perdue, essoufflée. On dirait presqu’un comportement biologique, comme certains êtres vivants qui ne vivent que le jour, et d’autres que la nuit. Mais peut-être deviennent-elles, dans l’intimité de leurs foyers, des lucioles pour leurs enfants, leurs sœurs ou leurs mères.

 

Quelques femmes, plus âgées, voilées, mendient à même le trottoir, assises sur des cartons.

 

Je suis allé dîner en ville, le même resto, sympa, toujours trop enfumé quand on ne fume pas, mais pas le choix. Et cette rue, pleine de monde sur les trottoirs, ou plutôt ces trottoirs remplis d’hommes, arrêtés, qui restent là, assis ou adossés aux façades, sans rien f

 

aire. Ambiance de pensionnat pour garçons, mais sans le pensionnat pour filles à côté. Impossible de faire le mur, encore moins de fantasmer !

 

Annaba 15 novembre

 

Aujourd’hui, lever à 4 heures trente, départ pour Annaba, à l’Est, pas très loin de la Tunisie. J’ai passé une nuit d’insomnie. Mes boules Quiès, pourtant patentées, laissent quand même passer les cris d’orgasme de la voisine. L’hôtel est propre, nouveau, mais le côté insonorisation est à revoir.

 

L’ATR, turbo hélice décolle à 7 heures, il est vieux mais c’est le genre de zinc rassurant, le ronflement du moteur m’endort, et me rassure, plus que le sifflement d’un réacteur. L’hôtel Majestic d’Annaba est aussi vieux que l’ATR, grandes chambres somptueuses, dommage que les tentures soient un peu trop poussiéreuses. Et puis l’odeur d’égout dans la salle de bain, à vous couper le souffle.

 

A deux heures je pars pour ma réunion, avec une bonne dizaine d’organisations de la société civile, des gens merveilleux, courageux, quel que soit le secteur dans lequel ils travaillent, enfance, droits de l’homme, environnement. On sent une énergie contenue, qui n’attend qu’une opportunité pour s’exprimer. Et dans la salle, discret, un agent de la sécurité, Ministère de l’Intérieur ou police, prend quelques notes. On m’avait prévenu, on me le désigne, je suis prudent, j’en rajoute quelques couches sur la signature d’accords reconnaissant le rôle important de la société civile, etcetera, etcetera. Visiblement satisfait, l’agent quitte la salle après une vingtaine de minutes. La réunion se poursuit, passionnante.

 

Elle se termine deux heures plus tard par une panne de courant généralisée. Il est 7 heures du soir, les portables s’allument, instinctivement. Cela fait bougies sans bougies. Dans les escaliers, un brouhaha, deux agents de la sécurité montent à contrecourant des participants qui quittent la réunion. Avec mon collègue, on attend. Salam Aleïkoum, aleïkoum Salam, ils viennent nous chercher pour nous ramener à l’hôtel, nous protéger, nous encadrer, charmants.

 

Demain départ pour Constantine par la route, 150 km. Il semble qu’on aura une escorte, une voiture de police devant la nôtre, une dernière, et relais de l’escorte quand on passe d’une wilaya à l’autre, l’équivalent d’une municipalité. Je m’demande ce qu’ils vont faire quand je vais aller pisser.

 

J’ai été informé hier de l’interdiction de me rendre dans le sud. Je ne connaîtrai ni El Oued, ni Tamanrasset, ni Adrar. Trop dangereux, frontière avec le Niger, la Tunisie, en plein cœur des bases arrière possibles des groupes radicaux islamistes, on ne prend pas de risques, mon collègue algérien ira seul.

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Constantine, 17 novembre

 

Constantine, accrochée aux rochers, des deux côtés d’un abîme que de nombreux ponts enjambent. A donner le vertige. Cette faille insondable, véritable dépotoir où les plastiques de toutes les couleurs s’accrochent aux branchages. Mais la merveille du site l’emporte encore sur cette vision délabrée. Beaucoup reste à faire pour la redorer, pour lui donner ne fut-ce que quelques attraits, ou simplement lui redonner le charme qui a donné naissance à tant d’artistes et intellectuels, comme Ahlam Mostaghanmi, auteure d’une trilogie sur la femme, qui ne savait plus vivre à Constantine tellement l’ambiance y était lourde, comme dans le reste du pays, mais qui avait toujours besoin de ces lieux de son enfance comme source inépuisable d’inspiration.

 

L’hôtel Cirta fait partie de ces hôtels vieillots où on a l’impression d’appartenir à un autre siècle, dans lequel on pourrait croiser quelques beys hautains et leur suite. Les céramiques sont magnifiques, les stucs omniprésents pèsent sur l’ambiance. Quelques salons, leurs tables chargées de gâteaux aux amandes et leurs fauteuils bas attendent sans doute la pause d’un séminaire quelconque.

 

Travail, encore, groupe de la société civile, sympas comme tout, petite salle sans éclairage, on ira jusqu’à ne plus rien voir. Ici pas de sûreté, on est entre nous. Le soir je me promène avec mon collègue, on passe sous le nouveau pont suspendu en construction. Il sera magnifique, construit par les brésiliens, la société Andrade Guttierrez. Au restaurant, le méchoui accompagne nos échanges. Sans y prêter attention, nous parlons de Dieu, de ses différentes expressions, comment il s’insère dans une culture, comment il peut être présent dans des actes, des regards, ou comme disait Patti Smith, dans des chapelets de mots qui deviennent des poèmes. Il me parle de Sudub, que je ne connais pas. J’irai voir qui est ce « prophète ». On parle beaucoup d’énergies, de ressentis à distance, de prémonitions, de rencontres qui ne sont pas des hasards.

 

Je m’endors, fatigué. A 3 heures, je me réveille avec une barre dans le dos. Le matelas, ou bien ce qu’il en reste, est lui aussi d’un autre siècle. A peine me suis-je rendormi que l’appel à la prière surgit, fort, puissant, mélodieux. Dans mon demi-sommeil, c’est comme si j’entendais la plainte de l’homme, orphelin de Dieu, qui le supplie de lui montrer le chemin. Et le Allah Akbar n’est pas un cri de haine, comme je l’ai déjà vu mais une véritable prière. Le muezzin pleure et j’entends les arrondis de sa supplique, « woulah, woulahkbar », c’est un chant d’amour, celui d’un fils perdu sur terre, qui implore, peu importe quoi. Je me laisse bercer par ce chant, trop court…

 

Sur la route de l’aéroport, j’aperçois l’hôtel Marriott en construction, par des chinois. Et je me demande alors quels sont les algériens qui travaillent, quand ils font tout faire par les autres en les payant avec l’argent du gaz et du pétrole.

 

Ghardaïa, 23 novembre

 

L’ATR s’est posé sur la piste, à une heure et 20 minutes d’Alger, plus ou moins 600 km au Sud. Ce n’est pas le grand sud comme ils disent mais quand même, on est déjà dans le Sahara et Ghardaïa est une grande palmeraie au milieu d’un oasis. Je suis le seul à devoir remplir une fiche de police, c’est visiblement à la tête du client, un peu comme chez nous en Belgique, avec certains. Un gentil policier m’interroge, où je vais, où je dors, quand je repars. Mon collègue lui explique en arabe ou en mozabite je ne sais pas. Trajet de quelques kilomètres pour arriver à Beni-Izguen, collée à Ghardaïa, entourée d’un mur d’enceinte et ville piétonnière, entièrement non-fumeur, comme Ghardaïa, sans alcool aussi évidemment.

 

Résidence en-dehors de la ville, au calme. Je mange assis sur des tables basses. Il fait froid.

 

Lever aux aurores. Des escadrilles de moineaux survolent sans relâche la terrasse où je prends mon petit déjeuner Ils débouchent à pleine vitesse au ras des toits plats et plongent en s’égaillant dans un désordre qu’on dirait calculé. Il ne manque vraiment qu’un peu de fumée qui sorte de leurs queues aux couleurs du drapeau national algérien.

 

En route pour ma réunion, je croise un vieil homme cambré sur son âne, qui tricote à toute allure. J’ai peur pour lui, lui pas. La voiture emprunte le lit de l’oued, à sec, contourne un, puis un second barrage. Quand il pleut tout est rempli, l’eau déborde, parfois inonde et casse tout, comme l’année dernière, 48 morts, pas assez pour qu’on en parle, trop loin aussi, et puis pas trop bon pour l’image de l’Algérie à l’extérieur. Et puis, après tout, ce n’étaient que des mozabites, une sorte de sous-population algérienne, venus ici il y a de nombreux siècles, dans une fuite migratoire, non pas vers une terre promise, non, mais tout simplement une terre où on leur foute la paix, à ces musulmans ibadites, qui pratiquent un islam ni sunnite, ni chiite, bref, qui ne reconnaissent que le Prophète et se moquent bien de ses descendants.

 

Il y avait bien longtemps, dans ce monde globalisé, que je n’avais vu une population aussi typée, aussi protégée. Les hommes ont des pantalons un peu bouffants, des sarouels, tout plissés, avec un entrejambe qui tombe très bas. Ils me font penser à ce qui reste de turc dans mon imaginaire. Ils portent aussi un petit couvre-chef blanc, la chechia, qui est leur signe distinctif. Depuis plusieurs mois, des bagarres entre mozabites et non mozabites animent la ville de Ghardaïa. Certains disent qu’elles sont provoquées par le pouvoir qui cherche, à l’approche des prochaines élections présidentielles, des prétextes pour justifier l’ambiance sécuritaire et essayer de resserrer le sentiment national autour des combattants historiques du FLN. Je suis quand même surpris quand certains me disent qu’ils se sentent menacés et qu’ils pourraient être éliminés en un rien de temps si le pouvoir algérien le voulait. Ils ont peur aussi car un livre vient d’être publié, véritable venin contre leur communauté. Il les accuse, entre autres choses, d’avoir collaboré avec les français pendant la guerre de libération et ça, pour les algériens, ceux qui tournent autour du pouvoir ou ceux qui doivent leur carrière ou simplement leur aumône au pouvoir, c’est pire que tous les crimes.

 

L’échange avec les quelques associations de la société civile de la ville se passe bien. Je sens le même intérêt d’apprendre, d’échanger, de rencontrer de nouvelles personnes. A la sortie, coup de fil sur le portable de mon collègue. La sécurité, politique ou militaire, de nouveau. Il se demande bien comment ils ont eu son numéro mais, après tout, c’est leur boulot. Ils nous attendent dans leur voiture, au rond-point à la sortie de la ville, l’obligent à y monter. Il y restera une demi-heure, interrogatoire systématique. Les coups de fil de la police n’arrêteront plus, même quand on sera de retour à Alger.

 

Le ciel se voile de blanc, comme les femmes. Ici, point de niquab, ni de tchador ou de burqa, les femmes portent l’ahouli, toile blanche qui les recouvre entièrement. Les jeunes filles peuvent laisser entrevoir leur visage, les femmes mariées ou fiancées en sont réduites à ne voir que par un œil, trou noir dans l’habit blanc. Tels des fantômes cyclopes, elles arpentent en groupe les ruelles de la ville. En dehors des murailles, elles ne sont pas à l’aise dans la circulation. Sans profondeur de champ, elles voient sans relief.

 

Demain, départ pour Cuba, ça risque d’être le grand écart culturel, même si je n’y suis jamais allé, j’ai du mal à imaginer une cubaine en voile et je ne sais pas à quoi ressemblerait une jeune mozabite en minijupe, faux ongles et décolleté plongeant. Des deux, quelle est la plus respectée ? Mauvaise question, une de plus. Circulez…

 

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