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Je me rappelle un rêve à demi éveillé de mon premier réveil après Le Havre. J’avais vu par mon hublot tous ces bateaux qui entouraient le nôtre, allant tous dans la même direction, exactement à la même allure. A demi éveillé, je nous voyais comme des fétus de paille dans l’eau d’un seau qu’on déverse dans un égout. Un peu plus éveillé quelques instants plus tard, je nous voyais quand même emportés par un courant indomptable, comme si littéralement on tombait dans l’hémisphère Sud. Ce n’était pas trop paniquant, je dirais même plutôt givrant, avec cette anxiété de la découverte une fois la paix retrouvée, dans les mers chaudes du Sud.

 

Hier ce fut une journée pour rien, ou alors d’apprentissage de la patience. Notre départ est remis presque d’heure en heure, au gré des humeurs des dockers qui travaillent, quand ils travaillent. Envie d’être en mer, loin des turpitudes humaines qui me parviennent par petits échos étouffés sur mon blackberry. On s’étripe à nouveau à Kinshasa et le sang coule jusqu’à Matongué à Bruxelles. J’ai l’impression que le monde est une savane sèche prête à brûler et que les étincelles commencent à jaillir de partout.

 

Finalement, le départ est confirmé en soirée. Le commandant est déjà sur le pont, qu’il arpente de long en large. Il ne reste que cinq containers à charger mais tous les dockers sont partis en pause. Tous ces « smokers » comme dit le commandant d’un ton mélangé de mépris et de compassion. A moins que ce ne soit d’envie ? Mais je n’ose pas imaginer ce que cela donnerait de piloter un tel navire en ayant fumé un bon joint ! Pour lui, la solution est simple : privatiser les ports et engager de la main d’œuvre qui veut travailler et surtout obéir, des philippins, des indonésiens, comme dans les ports du golfe persique. Il continue sur sa lancée, le commandant. Il a besoin de parler. Deux vedettes rapides de la police, tous feux éteints viennent de passer en trombe à quelques mètres du bateau. « Opération antidrogue » me dit-il, d’un ton de connaisseur. A moins que ce ne soit la chasse aux clandestins. Cela arrive parfois dans ce port, mais rarement. Pour les passagers clandestins, le pire des ports qu’il ait connu est Casablanca. Ils partent à la nage d’un coin de la ville, dès qu’ils entendent les bruits des moteurs prêts au départ et rejoignent rapidement le navire. Ils ont parfois des harpons ou de simples pieux munis de crochets qu’ils tentent d’arrimer sur les flancs du bateau. Parfois dans de petites embarcations, d’autres fugitifs tirent sur l’équipage au lance-pierres. Et celui-ci riposte avec des arcs qui tirent des flèches sans pointes. Une fois qu’ils ont harponné le navire, en deux coups de reins ils sont à bord et savent qu’ils sont sauvés, momentanément. Et les histoires se colportent, comme celle d’un groupe de 25 jeunes clandestins montés à bord que le commandant voulait débarquer. Arrivée sur les lieux, la police, visiblement complice, a tellement mis de lourdeur administrative que l’armateur a du intimer l’ordre au commandant, par écrit, de les embarquer et de les faire travailler à bord. Quelques jours plus tard, rendus à Marseille, les 25 gaillards ont été remis à la police française qui les a mis sur un avion pour Casablanca. Le commandant, lui, avait un navire entièrement repeint.

 

Mais il arrive souvent que cela se passe plus mal, que l’équipage doive repousser ceux qui essaient de  monter à bord avec de grandes lances en acier. Certains, blessés, coulent. D’autres, épuisé, repartent à la nage, et coulent.

 

Il y a aussi les réseaux, les pros, ceux qui planifient, programment et ont des moyens importants. Ils construisent alors de faux containers que même à un mètre de distance, un matelot est incapable de distinguer d’un vrai. La seule différence est qu’une ou plusieurs parois sont en carton et pas en métal. A l’intérieur, des groupes de 6, 10 ou parfois plus, d’hommes, femmes et parfois enfants attendent, des heures, des jours avant d’être soulevés par une grue et être déposés à bord, en attendant encore parfois des jours avant de partir et pouvoir respirer. Alors les matelots, ceux qui travaillent sur le pont, à surveiller l’embarquement des containers ont de grandes barres métalliques avec lesquelles ils frappent les containers comme sur des xylophones. Et dans certains d’entre eux, immobiles dans un silence parfait, des candidats au départ vers d’autres cieux savent déjà que la musique s’arrêtera bientôt dans un simple « plof » de carton troué.

 

Le commandant continue de raconter ses histoires de réfugiés comme celles de certains clandestins, ce sont alors des isolés, qui arrivent à monter à bord et à se cacher dans des trous dans lesquels on aurait de la peine à imaginer qu’une souris puisse entrer. Comme la colonne centrale des grues de bord dans laquelle se trouve une bonne partie de la mécanique et de l’électricité nécessaire à son fonctionnement. Un homme avait réussi à s’y faufiler et à monter jusqu’au-dessus. Armé de pierres et de projectiles divers, ils les lançaient sur les matelots chaque fois que ceux-ci montraient leur tête. Le plus souvent, c’était pour lui apporter de la nourriture. Mais l’individu isolé avait quand même quelques connections, entre autre dans une autre organisation de défense des droits de l’homme qui attendait le bateau à l’arrivée avec une meute de journalistes, accusant bruyamment le commandant et son équipage d’avoir harcelé cet homme au point de l’obliger de se réfugier dans la grue. Lorsque la jeune militante passa sa tête dans la colonne de la grue, une volée de pierres s’abattit sur elle, le sang coulait abondamment. Un caméraman d’une chaîne de télévision connue, grand gaillard de plus de deux mètres, risqua sa caméra par l’ouverture, qui fut détruite aussi sec. Sur le pont, impassible, à l’intérieur de lui-même, le commandant souriait. Finalement, il a fallu recourir aux services spéciaux de la gendarmerie pour sortir le candidat au refuge de la grue.

 

Dans certains ports turcs, si un clandestin est découvert et qu’il est kurde, il est battu à mort par la police puis jeté à l’eau ou laissé à même le quai, à la vue de tous, pour l’exemple, pour que l’histoire se colporte. Jusqu’à ce qu’un moins peureux, un plus humain, le prenne dans ses bras et le cache.

 

Aujourd’hui nous sommes en route pour Dégrad des Cannes, DDC, Didici comme dit le commandant. La mer est calme mais ça secoue quand même un peu car on est à pleine vitesse. On ne peut pas rater la marée montante, prévue demain vers 16 heures. On doit donc se présenter au plus tôt au point de rendez-vous avec le pilote vers 14 heures. Lui seul connaît l’heure exacte, le moment propice et aussi le chemin exact pour notre bateau, le seul de ce tonnage à se rendre à Cayenne. A marée haute, la profondeur maximale du chenal est de 6,45 mètres et le tirant de notre bateau tel qu’il est chargé est de 6,40 mètres. Si ça ne passe pas, on devra retourner décharger à Port of Spain. Je n’ose pas y penser. Pour le moment, on est en avance sur notre horaire. C’est du moins ce qu’indique le GPS de bord. Arrivée prévue demain à 11 heures. Mais c’est trompeur car dans quelques heures, nous devrons affronter des courants contraires assez forts.

 

 

 

7 de dezembro

 

 

Lembro de um sonho meio acordado do meu primeiro despertar depois de Le Havre. Eu tinha visto pela minha janelinha todos esses barcos que cercavam o nosso, indo todos na mesma direção, exatamente na mesma velocidade. Meio acordado, eu nos via como palhinhas dentro d’água de um balde jogada no esgoto. Um pouco mais acordado, alguns instantes depois, via-nos assim arrastados por uma corrente indomável, como se literalmente caíssemos no hemisfério Sul. Não era motivo de pânico, ao contrario, era de pirar, essa ansiedade da descoberta, uma vez a paz reencontrada, nos mares quentes do Sul.

 

Ontem foi um dia para nada, ou então de aprendizagem da paciência. Nossa partida é adiada quase de hora em hora, à mercê dos humores dos estivadores que trabalham, quando trabalham. Vontade de estar no mar, longe das torpezas humanas que chegam a mim em pequenos ecos sufocados no meu blackberry. Nova matança em Kinshasa e o sangue escorre até Matonge, um bairro congolês em Bruxelas. Tenho a impressão de que o mundo é uma savana seca, pronta para se incendiar, e que as faíscas começam a surgir por todos os lados.

 

Finalmente, a saída é confirmada para a noite. O comandante já está na ponte, que percorre a passos largos. Só falta carregar cinco contêineres, mas todos os estivadores estão no intervalo. Todos esses « smokers » como diz o comandante num tom mesclado de desprezo e compaixão. Ou seria de inveja? Mas não quero nem imaginar no que daria pilotar um navio desses depois de ter fumado um baseado daqueles! Para ele, a solução é simples: privatizar os portos e contratar mão de obra que queira trabalhar e, sobretudo, obedecer, filipinos ou indonésios, como nos portos do golfo persa. Ele continua do mesmo jeito, o comandante. Tem necessidade de falar. Duas lanchas rápidas da polícia, com todas as luzes apagadas, acabam de passar voando a alguns metros do barco. « Operação antidroga », me diz ele num tom de quem sabe das coisas. A menos que seja a caça aos clandestinos. Isso acontece às vezes nesse porto, mas raramente. Para os passageiros clandestinos, o pior porto que ele já viu é o de Casablanca. Eles saem nadando de um ponto da cidade, assim que escutam os barulhos dos motores prontos para a partida, e rapidamente chegam ao navio. Às vezes usam arpões ou simples bastões com ganchos que tentam fixar no casco do navio. Outras vezes, em pequenas embarcações, fugitivos atiram na tripulação com estilingues. E eles respondem com arcos que atiram flechas sem pontas. Depois de terem arpoado o navio, em dois saltos já estão a bordo e sabem que estão salvos, pelo menos por enquanto. E as histórias se espalham, como aquela de um grupo de 25 jovens clandestinos que subiram a bordo e o comandante queria desembarcá-los. Chegado ao local, a polícia, visivelmente cúmplice, colocou tais entraves administrativos que o armador teve que intimar o comandante por escrito para fazê-los embarcar e trabalhar a bordo. Alguns dias depois, em Marselha, os 25 caras foram entregues à polícia francesa que os colocou num avião para Casablanca. O comandante, ele, ficou com um navio inteiramente repintado.

 

Mas muitas vezes não acontece tão bem, a tripulação tem que repelir com grandes lanças de aço aqueles que tentam subir a bordo. Alguns, feridos, vão para o fundo. Outros, esgotados, voltam a nado, e vão para o fundo.

 

Há também as redes, os profissionais, aqueles que planejam, programam e têm meios consideráveis. Constroem então falsos contêineres que, mesmo a um metro de distância, um marinheiro é incapaz de distinguir de um verdadeiro. A única diferença é que uma ou várias paredes são de papelão e não de metal. Dentro deles, grupos de 6, 10, às vezes mais, homens, mulheres e crianças, esperam, horas, dias, até serem erguidos por um guindaste e colocados a bordo, esperando ainda outros dias antes de partir e respirar aliviados. Por isso, os marinheiros que trabalham na ponte, controlando a embarcação dos contêineres, têm grandes barras metálicas com as quais batem nos contêineres como sobre xilofones. Dentro de alguns deles, imóveis e em perfeito silêncio, candidatos à partida para outros céus sabem já que a música logo parará num simples « plof » de papelão furado.

 

O comandante continua a contar suas histórias de refugiados e aquelas de clandestinos, são isolados, que conseguem subir a bordo e se esconder em buracos em que nem um rato parece poder entrar. Como na coluna central dos guindastes de bordo onde se encontra uma boa parte da mecânica e da eletricidade necessária a seu funcionamento. Um homem tinha conseguido se meter ali e subir. Armado de pedras e projéteis diversos, lançava-os nos marinheiros cada vez que esses mostravam suas cabeças. O mais das vezes, era para lhe trazer comida. Mas, ainda assim, o indivíduo isolado tinha suas conexões, entre outras, com uma organização de defesa dos direitos humanos que esperava a chegada do barco com uma tropa de jornalistas acusando barulhentamente o comandante e sua tripulação de terem maltratado tanto esse homem a ponto de obrigá-lo a se refugiar no guindaste. Quando uma jovem militante colocou sua cabeça na coluna do guindaste, uma revoada de pedras se abateu sobre ela, o sangue escorria em abundância. Um cameraman de uma conhecida rede de televisão, um grandalhão de mais de dois metros, arriscou colocar sua câmera na abertura: ela foi destruída da mesma forma. Na ponte, impassível, em seu foro íntimo, o comandante sorria. No final, foi preciso recorrer aos serviços especiais da polícia para tirar o candidato a refúgio do guindaste.

 

Em certos portos turcos, se um clandestino descoberto for curdo será espancado até a morte pela polícia e depois lançado ao mar ou deixado diretamente sobre o cais, à vista de todos, para servir de exemplo, para que a história se espalhe. Até que alguém menos medroso, mais humano, o tome nos braços e o esconda.

Hoje, estamos a caminho de Dégrad des Cannes, DDC, ou Didici como diz o comandante. O mar está calmo, mas o navio sacode mesmo assim, pois estamos em alta velocidade. Não podemos perder a maré alta, prevista para amanhã por volta das 16 horas. Devemos portanto nos apresentar o quanto antes no ponto de encontro com o piloto, pelas 14 horas. Só ele conhece a hora certa, o momento propício e também o caminho exato para o nosso barco, o único dessa tonelagem a aportar em Caiena. Na maré alta, a profundidade máxima do canal é de 6,45 metros, e o calado do barco da maneira como está carregado é de 6,40 metros. Se não der para passar, teremos que voltar e descarregar em Porto de Espanha. Não quero nem pensar nessa possibilidade. Por enquanto, estamos adiantados. Ao menos, é o que indica o GPS do navio. Chegada prevista para amanhã às 11 horas. Mas isso é enganoso, pois daqui a algumas horas iremos enfrentar correntes contrárias bastante fortes.

 

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